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LES ARTS ASIATIQUES
La terre bon marché, facile à travailler et sans problème d'approvisionnement particulier, fut utilisée longtemps et dans de nombreux domaines. Les tombes du néolithique contenaient des vases en céramique. Utilisés dans la vie quotidienne, les plus belles pièces accompagnaient les défunts, indiquant peu à peu, par la qualité de leur production et la précision de leur décor, le statut social du mort. A la fin du néolithique, les ensembles rituels en céramique, constitués de différents types de récipients, firent leur apparition. Sous les Shang et les Zhou, cette tradition continua dans les bronzes, et seules les tombes les moins riches contenaient encore de la vaisselle rituelle en terre. Sous les Han, les céramiques à usage strictement funéraire, comprenaient des pièces en terre cuite moulée, recouvertes de glaçure plombifère et des mingqi.
• Les thèmes des mingqi
Une partie de l'histoire de la Chine peut se lire à travers l'évolution des thèmes de ses mingqi en terre. A une époque où l'expansion économique et territoriale se réalisa grâce à l'appui militaire, les mingqi représentèrent très souvent des armées, guerriers et chevaux, instruments de la force et du pouvoir, dans la continuité des tombes Qin. Ces représentations diminuèrent à la fin des Han de l'Ouest au profit de modèles évoquant le monde de l'aristocratie. Sous les Han de l'Est, ils illustrèrent, avec des détails savoureux, la vie quotidienne des riches propriétaires fonciers et l'enrichissement d'une classe moyenne d'agriculteurs. Les tombes abritèrent de nombreux modèles architecturaux, reflet d'une architecture de bois entièrement disparue, qui traduisaient à la fois la prospérité d'une classe paysanne et ses préoccupations : ainsi la représentation d'un puits mettait l'accent sur l'importance de l'eau pour les hommes, les cultures, le bétail et pour combattre les incendies qui peuvent réduire à néant une vie de richesses. A travers eux, on retrouve également toute les diversités architecturales régionales : la forme ronde du puits présenté dans cette vitrine est caractéristique du Sud de la Chine, alors que celle du grenier à grains à corps cylindrique est typique du Nord.
• Le jade sous les Han
Depuis les temps les plus anciens, le jade est entouré d'une aura magique, et on peut se rendre compte, en regardant les découvertes archéologiques actuelles, que la Chine s'est davantage tournée vers cette pierre semi-précieuse plutôt que vers l'or, marqueur de l'Occident. Emblème du pouvoir et objet d'art apprécié pour son éclat nacré, sa matière dure à travailler et sa sonorité, il occupa tout au long de l'histoire chinoise une place à part, restant à toutes les époques un matériau précieux.
Sous les Han, le jade fut vénéré autant par les taoïstes que par les confucéens. Les différentes strates qui le composent, reproduisent à petite échelle, l'évolution du monde dont il est extrait. C'est probablement pourquoi les taoïstes crurent voir en lui un concentré de l'univers inviolé contenant l'empreinte primordiale de la naissance du monde. Dans ce milieu où l'alchimie tenait une place très grande, il fut connu pour transmettre à ses possesseurs la puissance symbolique contenue dans ses veines, et fut parfois ingéré dans le but d'obtenir l'immortalité. Selon les croyances en la dualité de l'"âme", pour assurer la descente de l'"âme" corporelle sous la terre, aux Sources Jaunes, un bon état de conservation du défunt était indispensable afin d'éviter qu’elle ne s’échappe du corps et ne vienne importuner les vivants.
Le bouddhisme japonais vient de la tradition Mahayana ou Grand Véhicule peuplé de buddha, êtres qui se sont éveillés à la Réalité telle qu'elle est, et de bodhisattva, êtres promis à l'Eveil. Le bouddhisme entra officiellement au Japon en 552 par l'intermédiaire d'une mission venant du royaume coréen de Paekche (Kudara en japonais). Parmi les présents destinés à l'empereur se trouvait une statue en bronze doré du Buddha Sâkyamuni (le Buddha historique), des sûtra, textes sacrés destinés à diffuser la parole du Buddha, et une lettre du souverain coréen encourageant fortement l'empereur du Japon à considérer avec attention la doctrine bouddhique. Cette nouvelle religion fut pendant une courte période en lutte avec la religion autochtone fondée sur le culte des kami, formes divinisées des éléments naturels, dès lors appelée shintô, la Voie des Dieux, par opposition à butsudô, la Voie du Buddha. A la fin de ce conflit, les deux traditions religieuses finirent par cohabiter et parfois même s'amalgamer pour donner naissance à un syncrétisme aux représentations hybrides. En moins d'un demi-siècle, le bouddhisme fut implanté au Japon, stimulant tous les arts et permettant la diffusion de l'écrit dans un pays qui ne possédait aucun système graphique propre.
L'évolution de cette religion, fortement liée à l'Etat, se fit selon quatre grands courants. Jusqu'à la fin de l'époque de Nara (710 – 794) la doctrine traditionnelle fut enseignée à Nara dans les six grandes écoles chinoises de l'époque. A l'époque antérieure de Heian (794 –1185) le bouddhisme ésotérique des écoles du Tendai et du Shingon fut introduit au Japon. L'époque postérieure de Heian fut surtout marquée par l'éclosion et le développement du culte d'Amida, buddha de l'Ouest résidant dans la « Terre Pure du suprême bonheur ». Ce phénomène fut provoqué en grande partie par l'annonce du « Dharma de la fin », qui devait conduire à l'extinction du bouddhisme et à l'impossibilité pour les hommes d'atteindre l'Eveil. A l'époque Kamakura (1185-1333) le bouddhisme zen fit son apparition. Ce courant bouddhique qui n'avait pas besoin d'icônes accentua le déclin de la sculpture.
En 1868, le Japon se trouva contraint d'ouvrir ses frontières après deux siècles et demi d'une autarcie presque totale. La restauration du pouvoir impérial jusqu'alors supplanté par celui des shoguns, relança la lutte destinée à restaurer les traditions anciennes. Le bouddhisme, religion étrangère, fut considéré comme portant ombrage à l'identité japonaise. Le gouvernement s'engagea dans une politique d'extirpation de toute trace de bouddhisme dans les temples shintô : les statues furent retirées, parfois brûlées, et, dans le meilleur des cas, achetées à bas prix par des voyageurs occidentaux. C'est probablement dans ces conditions que, lors de son voyage de 1889, Georges Labit acquit la majorité des pièces bouddhiques exposées.
Les objets réservés au rituel sont généralement de petite taille de façon à pouvoir être tenus dans la main. Ils reposent sur les autels et les tables à l'intérieur des temples. La majorité de ces objets, dont le nombre est élevé par rapport à celui des objets rituels employés dans le bouddhisme traditionnel, dérivent des religions indiennes. Certains sont plus particulièrement liés aux dieux dont ils sont souvent les attributs, d'autres sont réservés aux cérémonies et d'autres encore à la musique. Les matériaux employés pour la confection de ces objets sont des plus divers : métaux précieux, bois, beurre sculpté, ossements humains entre autres. L'emploi d'os humains, (comme par exemple les calottes crâniennes pour les coupes, les plaquettes d'os pour la fabrication des tabliers de cérémonie, les fémurs utilisés pour les trompettes, les os sculptés de têtes de mort constituant les grains de certains chapelets…. ), était également très fréquent dans la religion tibétaine pré-bouddhique. L'usage d'ossements humains et de cendres au sein du rituel, renforçait la croyance en la nature transitoire de la vie humaine, et la tradition religieuse qui consistait à découper les cadavres et à laisser aux charognards le soin de faire disparaître la chair, permettait de disposer d'un grand nombre d'os.
Les objets particulièrement liés aux dieux : le vajra et la clochette
Ces deux instruments sont des éléments fondamentaux et complémentaires du bouddhisme tantrique. Ils sont tenus par de nombreuses divinités, et sont également utilisés par les moines lors des rituels. Ils peuvent être employés seuls ou ensemble, et leur signification est alors quelque peu différente.
Le terme sanskrit vajra se traduit en français par "foudre-diamant". C'est un symbole d'indestructibilité et d'illumination. Cet instrument rituel joue un rôle si important dans le bouddhisme ésotérique indien, qu'il a été associé au nom de la troisième école bouddhique, le Vajrayâna, "Véhicule du Diamant". Il a également donné son nom à des divinités comme Vajrapani ou Vajrahara, ainsi qu'à un buddha cosmique Vajrasattva.
Lorsqu'il est associé à la clochette, ghantâ, il symbolise le principe masculin de l'action qu'il faut mettre en œuvre pour atteindre l'Eveil, et la clochette représente l'expression féminine de la "sagesse" propre à cette illumination. Ensemble, ils illustrent l'union de ces deux aspects complémentaires et nécessaires à la libération. Le vajra exposé compte cinq branches, en incluant l'axe central. Il est de grande taille par rapport aux vajra habituellement tenus lors de cérémonies, ce qui pourrait laisser supposer un emploi votif, non encore confirmé.
Il était impossible, dans le bouddhisme primitif, d'imaginer une représentation humaine pour le Buddha qui avait découvert la Vérité et qui, par l'Extinction totale, nirvâna, se serait anéanti du monde. Les canons les plus anciens de la doctrine indiquaient qu'« aucun concept ne peut exprimer sa nature » et, jusqu'au début de notre ère, le Buddha ne fut jamais évoqué que par des symboles "témoins" de sa vie, par les lieux où se seraient produits les principaux événements de sa vie. Les quatre principaux symboles du bouddhisme rappellent les quatre moments majeurs de la vie du Buddha. Sa naissance est évoquée par un symbole de fertilité : la déesse Lakshmi sur un lotus au-dessus d'un "vase jaillissant" et la tête aspergée par deux éléphants. L'Eveil est figuré par l'arbre de la Bodhi ou arbre de la Connaissance. Le Premier Sermon est imagé par la roue de la Loi, souvent entourée de deux gazelles rappelant qu'il eut lieu à Sarnath, près de Bénarès, dans le Parc aux Gazelles. Sa mort, le nirvâna final est symbolisé par un stûpa, monument funéraire en forme de dôme contenant ses reliques. Une autre série de symboles représentant le Bienheureux fut également l'objet de vénération des adeptes : l'empreinte de ses pieds, son parasol, son trône. De même, les fidèles allaient se recueillir sous l'arbre qui aurait vu sa naissance, sous celui où il aurait atteint l'Eveil ou encore celui sous lequel il serait mort. De ces premières manifestations, de respect devaient naître deux caractéristiques majeures du bouddhisme : le culte des reliques et les pèlerinages en lieux saints.
L'école du Gandhâra
Le "Gandhâra" désignait, dans l'Inde ancienne, un territoire situé de part et d'autre de la frontière de l'Afghanistan et du Pakistan actuels. Au premier siècle de notre ère, cette région fut le foyer originel, juste après l'Inde, des premières représentations anthropomorphiques du Buddha et des bodhisattva.. Son aire de rayonnement culturel s'étendit au Sud, au Nord et au Nord-Ouest, dans les oasis de l'Asie Centrale, et par delà en Chine et dans le reste de l'Asie.
L'école artistique du Gandhâra était presque exclusivement au service du bouddhisme et puisait son style non seulement dans les courants artistiques indiens, mais également dans ceux venus des peuples qui occupèrent ce territoire à un moment ou à un autre de son histoire. Ainsi la civilisation achéménide, et surtout la civilisation grecque et les courts séjours d'Alexandre le Grand (330-324) influencèrent beaucoup plus tard, par l'intermédiaire des Séleucides et des Parthes, l'art du Gandhâra qui fut très souvent nommé art gréco-bouddhique. L'arrivée du Mahâyâna et les premières représentations humanisées du Buddha et des bodhisattva stimulèrent la création artistique. Au premier siècle de notre ère, sous la dynastie des Kusanâ alors implantés en Inde, l'art du Gandhâra connut sa plus belle floraison. Les Kusanâ, nomades originaires d'Asie centrale qui s'étaient imprégnés d'hellénisme en Bactriane, fondèrent un immense empire cosmopolite où se croisaient les civilisations, les idées, les modèles artistiques de l'époque. Ce brassage aboutit sous Kaniska, le plus illustre des Kusana, à un style composite dans lequel l'image du Bienheureux, bien que gardant les caractéristiques qui la déterminent, apparaît bien souvent sous des traits fortement méditerranéens : nez rectiligne dans le prolongement du front, cheveux ondulés et parfois présence d'une moustache, large drapé hellénistique. Cette école se maintint du 1er siècle de notre ère à la fin du IVème siècle.
• L’art khmer
L'expression "art khmer" s'attache plus spécifiquement à l'art du Cambodge de la fin du VIème siècle à la fin du XIVème siècle. Au cours de cette période, les grands ensembles architecturaux et la statuaire khmers servirent de modèles aux pays voisins, qui devinrent la Thaïlande, le Laos et le Viet-Nam. Les seuls monuments khmers encore visibles, sont des sanctuaires, demeures sur Terre des divinités. Ils étaient destinés au culte des parents et au culte de la divinité protectrice du royaume. Bouddhisme et hindouisme – surtout shivaïsme – ont toujours coexisté avec, selon les périodes, la prédominance de l'un ou de l'autre. De manière générale, une bonne entente régnait entre ces religions, allant parfois jusqu'au syncrétisme, non seulement au sein de l'hindouisme, mais également entre hindouisme et bouddhisme.
Le pays fut unifié au début du IXème siècle. C'est Jayavarman II, qui, le premier, fonda la royauté angkorienne et en 802, se fit sacré "souverain universel". Ce roi de religion shivaïte, posa les bases d'Angkor et instaura le culte du Dieu-roi. Le symbole de cette union entre le roi et la divinité fut souvent représenté par le linga de Shiva. Si Jayavarman II fut à l'origine des fondements religieux de la monarchie, c'est à son successeur, Indravarman I, que l'on doit l'aménagement du système d'irrigation, sans lequel Angkor n'aurait pu exister. Son fils et successeur Yasovarman, créa la première Angkor et fit édifier, au début du Xème siècle, le temple–montagne du Bakheng, représentation du mont Méru, centre de l'Univers et séjour des dieux dans la cosmologie indienne, au sommet duquel était vénéré le linga. Angkor fut ensuite abandonnée pendant vingt ans avant que les rois n'en fassent à nouveau leur capitale.
• La Thaïlande
Le Siam (ancien nom de la Thaïlande) fut constitué au XIIIème siècle par des Thaï qui avaient envahi peu à peu les anciens états implantés en différents endroits de ce territoire. Ces états "pré-thaï" possédaient un art qui fut, au départ, fortement influencé par le modèle indien, et qui, au fil du temps, s'inspira davantage des arts khmer et indonésien. Ce ne fut qu'au milieu du XIIIème siècle que naquit, avec la formation du royaume de Sukhôtai, un art proprement thaïlandais qui fut le plus original et le plus brillant de cette nouvelle nation.
Au XIIIème siècle, après le renversement du gouverneur khmer de Lopburi par les Thaï du Sud, les trois plus puissants chefs thaï des régions Centre et Nord du pays, scellèrent un accord qui permit le développement du royaume de Sukhôtai. Ce territoire avait été occupé par des Môn dont l'art avait pris comme référence, le style et l'iconographie bouddhique de l'Inde de l'Est. Lorsque les Thaï fondèrent le royaume de Sukhôtai, ils voulurent dans un souci de vérité, retourner aux origines de ces représentations bouddhiques indiennes. Mais cette région de l'Inde était alors occupée par les Musulmans qui avaient éradiqué toute trace du bouddhisme. Pour retrouver les sources de leur religion, les souverains de Sukhôtai durent donc se tourner vers le Sri Lanka où fleurissait le bouddhisme hînayâna qu'ils adoptèrent. L'architecture en bois, probablement décorée, n'a pas survécu et c'est à travers la statuaire que l'on peut définir le style classique de Sukhôtai. Conformément aux critères de cette école bouddhique, l'esthétique des œuvres de Sukhôtai traduisait la volonté des artistes de représenter le Buddha tel qu'il apparaît à travers les textes, c'est-à-dire dépouillé de toute matérialité.
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